« Le viol n’a pas de sexualité, c’est un viol »

Laura Steen pour Le Courrier du Lundi 26 mai 2014

LOIS • Exerçant son droit d’initiative cantonale, le Grand Conseil de Genève propose d’élargir la définition juridique du viol au niveau fédéral.

Le viol, selon la loi, est la pénétration forcée d’un pénis dans un vagin. La victime est forcément une femme, le coupable un homme. Quant à la fellation, la sodomie ou toute autre forme de pénétration, il ne s’agit « que » de contraintes sexuelles. La loi actuelle est jugée archaïque et restrictive par les députés du Grand Conseil de Genève. Ils proposent donc de modifier les articles 189 et 190 du Code pénal suisse, relatifs respectivement à la contrainte sexuelle et au viol, en exerçant leur droit d’initiative cantonale : les députés, toutes couleurs politiques confondues, demandent à l’Assemblée fédérale d’élargir la définition juridique du viol.

A l’origine de cette demande ? Béatrice Hirsch, députée du Parti démocrate-chrétien, qui constate les inégalités entre hommes et femmes sur cette thématique : « Les victimes de sexe masculin ne sont absolument pas considérées. Or le traumatisme est tout aussi violent. » Autre angle d’attaque : « Lorsqu’on lit ‘contrainte sexuelle’, on imagine que c’est moins grave qu’un viol. La sodomie est vue comme ‘contrainte sexuelle’, alors qu’il s’agit d’un viol. »

Ces réflexions trouvent un écho favorable au sein des associations d’aide aux femmes victimes. Pour Amanda Terzidis, permanente de l’association Viol-Secours, il est nécessaire de changer la loi qui « provient directement du Code Napoléon : ce qui était puni, c’était la crainte d’avoir une descendance hors de la lignée patriarcale et non la violence faite aux femmes ». Par ailleurs, elle estime que la loi est le reflet de stéréotypes sexistes : « Par exemple, il est fréquent que des violences sexuelles soient interprétées par les juges comme de la séduction, un acte passionnel, amoureux, ou comme un acte relevant de ce que ‘doit être la sexualité’. Et pour certaines personnes, une femme agressée sexuellement est encore tenue pour responsable. »

L’idée des députés rencontre aussi l’adhésion des milieux LGBT. L’association vaudoise de personnes concernées par l’homosexualité (Vogay) aide des hommes qui subissent un viol. Son vice-président et coordinateur du Pôle agression et viol, Raphaël Depallens, affirme que la justice ne reconnaît pas aux hommes violés le statut de victime : « Il y a une réelle distorsion entre l’acception sociale et le statut juridique. » Et d’ajouter que « le viol n’a pas de sexualité, c’est un viol ».

Même si pour Raphaël Depallens, la proposition de redéfinition est une bonne nouvelle, il reste sceptique quant à la réponse de l’Assemblée fédérale. En outre, l’élargissement de la loi serait-il suffisant ? Pour Amanda Terzidis, ce sont aussi les mentalités qu’il faut changer. La modification de la loi pourrait néanmoins participer à cette évolution.

Source : Laura Steen pour Le Courrier du Lundi 26 mai 2014


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